mardi 15 janvier 2013

Mali: les soldats et blindés français passent à l'offensive terrestre





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Pour la première fois depuis le début de l'opération Serval et après les frappes aériennes, la France engage, aux côtés des militaires maliens, des troupes au sol vers l'ouest et la ville de Diabali, tombée aux mains des djihadistes. 
Mali: les soldats et blindés français passent à l'offensive terrestre
MALI - Une trentaine de véhicules blindés militaires français ont quitté la capitale Bamako en direction du Nord. Konna, au centre, est toujours prise par les groupes islamistes armés.
AFP PHOTO /ERIC FEFERBERG

près la phrase aérienne, voici la phase terrestre. La France a, pour la première fois, engagé ce mardi des troupes au sol au Mali. Objectif: reprendre une localité de l'ouest, Diabali, tombée lundi aux mains des groupes islamistes armés
C'est un tournant dans l'intervention militaire française Serval au Mali, après la campagne de bombardements aériens menée depuis vendredi. Plus de 800 soldats français sont d'ores et déjà déployés dans le pays.

"Plusieurs centaines de militaires maliens et français ont quitté Niono pour prendre Diabali" 50km plus au nord, ont témoigné un élu de la ville, un habitant et une source de sécurité malienne. "D'ici demain, nous allons reprendre Diabali avec les Français", a précisé celle-ci. 
Depuis Bamako, un journaliste a également vu en fin d'après-midi une colonne d'une trentaine de véhicules blindés français quitter la capitale en direction du Nord. 

Les djihadistes engagent un "retrait tactique"


Dans le nord du Mali, contrôlé depuis neuf mois par les jihadistes, ceux-ci ont largement abandonné leurs fiefs. "Les moujahidines sont partis, ils ont vraiment peur", a noté un résident de Tombouctou. Mais pour le porte-parole du groupe islamiste Ansar Dine (Défenseurs de l'islam), Senda Ould Boumama, il ne s'agit que d'un "retrait tactique". 
Dans les airs, la France poursuit ses frappes contre les combattants islamistes dans l'attente de l'arrivée de la force ouest-africaine. Paris a annoncé le déploiement à terme de 2500 soldats au Mali. 
Diabali, à 400km au nord de Bamako, est tombée mardi aux mains de jihadistes, qui seraient commandés par un émir algérien d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Abou Zeid, et qui avait été bombardée dans la nuit de lundi à mardi. Autre résistance inattendue, des combattants islamistes dans la ville de Konna, au centre, à 700km de la capitale, dont ils s'étaient emparé jeudi. 




Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a reconnu ce mardi que cette ville de Konna n'avait pas encore été reprise par l'armée malienne, contrairement à ce qu'avait indiqué samedi Bamako. La zone n'est pas accessible à des observateurs indépendants. 

L'enthousiasme des résidents du nord du Mali

Le président François Hollande, en déplacement à Dubaï, a rappelé les trois buts de l'intervention militaire française: "Arrêter l'agression terroriste", "sécuriser Bamako" et permettre au Mali de préserver son "intégrité territoriale". 
La France n'a pas vocation à rester au Mali "La France n'a pas vocation à rester au Mali mais nous avons un objectif, c'est de faire en sorte que lorsque nous partirons il y aitune sécurité au Mali, des autorités légitimes, un processus électoral et plus de terroristes", a-t-il souligné. 
La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (Cédéao) doit former une force d'intervention de 3300 soldats contre les islamistes du Nord, conformément à une résolution de l'ONU. Baptisée Misma (pour Force internationale de soutien au Mali), cette unité sera dirigée par un général nigérian, Shehu Abdulkadir. 
D'ici là, l'enthousiasme des résidents du nord du Mali a des échos dans tout le pays. Plusieurs médias maliens ont ainsi rapporté que des enfants nés ces derniers jours ont été prénommés "Hollande", du nom du président français. A Bamako, les commerçants ont même signalé mardi une "pénurie" de drapeaux français. 
Mais le conflit est également fui par une partie de la population: le nombre de réfugiés chassés par les combats approche les 150 000 personnes dans les pays voisins, le nombre de personnes déplacées est proche de 230 000, selon l'ONU. 
Avec 


lundi 14 janvier 2013

Somalie : le second soldat français blessé est mort


Le Point.fr - Publié le  - Modifié le 

Les insurgés islamistes shebabs ont publié, lundi, la photo d'un cadavre dont ils affirment qu'il s'agit du chef du commando visant à la libération de Denis Allex.

Les soldats français ont fait face à une résistance "plus forte que prévu" de la part des islamistes, selon le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.
Les soldats français ont fait face à une résistance "plus forte que prévu" de la part des islamistes, selon le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. © François Destoc / MAXPP
Les insurgés islamistes somaliens shebabs ont publié lundi sur leur compte Twitter une photo du cadavre d'un Blanc, présenté comme le chef du commando ayant échoué à libérer samedi l'otage français Denis Allex, détenu en Somalie depuis plus de trois ans. "Le commandant français tué durant l'opération de secours bâclée à Bulomarer", indique la légende de l'image, sur laquelle apparaît un jeune homme aux cheveux courts, du sang séché sur le visage, vêtu d'un pantalon clair et d'une chemise sombre, dont dépassent une chaîne et une croix chrétienne en argent.

Les insurgés islamistes shebabs avaient annoncé plus tôt, lundi, la mort d'un soldat français blessé lors de l'opération commando. "Le soldat français qui faisait partie de l'invasion française de la Somalie est mort de ses blessures," a déclaré par téléphone à l'Agence France-Presse un porte-parole militaire des shebabs, Abdulaziz Abu Musab, "notre équipe médicale a tenté de l'aider, mais il n'a pas eu de chance. Sa blessure était grave." "Le haut commandement des shebabs décidera lors d'une prochaine étape" de restituer ou non son corps, a-t-il ajouté.

"Mise en scène macabre et indigne"

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a implicitement confirmé la mort de ce soldat, d'abord présenté par Paris comme tué dans l'opération avant d'être considéré comme "porté disparu". Il a également dit craindre, de la part des insurgés somaliens, une "mise en scène macabre et indigne" de son corps et de celui de l'otage, Denis Allex - probablement un pseudonyme -, un agent des services français de renseignement extérieur (DGSE) enlevé le 14 juillet 2009 à Mogadiscio et présumé mort depuis l'opération qui n'a pu l'arracher à ses geôliers. Les shebabs affirmaient eux, sans en avoir pour l'heure fourni la preuve, que l'otage était toujours vivant et dit vouloir le juger d'ici lundi soir.
Une source proche du dossier a indiqué que le militaire avait été tué durant le raid, mené dans la nuit de vendredi à samedi à Bulomarer, localité sous contrôle des islamistes au sud de Mogadiscio, et que son corps était resté sur place. Un autre soldat français a été tué, mais son corps avait pu être récupéré. Selon cette même source, l'otage Denis Allex a été tué dans la maison où il était détenu.
L'opération commando menée par le service Action (SA) de la DGSEs'est soldée par un échec et a fait, selon le ministère français de la Défense, 20 morts : l'otage, les deux soldats français et dix-sept "terroristes". Selon des témoins à Bulomarer, huit civils somaliens ont péri durant le raid, certains abattus par des commandos français. Les militaires français ont fait face à une résistance "plus forte que prévu" de la part des islamistes, avait expliqué Jean-Yves Le Drian.

Chaos et guerre civile

Selon une source dans les milieux du renseignement français, au moins cinq hélicoptères ont débarqué au milieu de la nuit une cinquantaine de militaires à trois kilomètres de Bulomarer, où était localisé l'otage. Leur atterrissage a été repéré par des habitants et les shebabs ont été rapidement informés, selon des témoins. Depuis qu'ils ont été chassés de Mogadiscio par une force de l'Union africaine (UA), en août 2011, les shebabs ont essuyé une série ininterrompue de revers militaires, face à une coalition d'armées régionales mieux équipées, qui les a privés de la totalité de leurs bastions. Ils contrôlent néanmoins encore de larges zones rurales du sud et du centre de la Somalie, pays pauvre de la Corne de l'Afrique privé de réelle autorité centrale depuis 1991 et qui a sombré dans le chaos et la guerre civile.
La captivité de Denis Allex est la plus longue d'un otage français à l'étranger, derrière celle de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, qui a été détenue plus de six ans par les guérilleros colombiens. Le 4 octobre dernier, Denis Allex était apparu, pâle et les yeux cernés, dans une vidéo où il avait lancé un "message au secours" au président français François Hollande, qu'il pressait d'oeuvrer à sa libération.

samedi 12 janvier 2013

Mali : l'opération militaire fait reculer les islamistes, un soldat français tué


Mali : l'opération militaire fait reculer les islamistes, un soldat français tué

Créé le 12/01/2013 à 12h21 - Mis à jour le 12/01/2013 à 18h11


La France a notamment engagé des hélicoptères dans les combats
La France a notamment engagé des hélicoptères dans les combats / AFP
L'intervention militaire, baptisée "opération Serval", menée conjointement par l'armée française et malienne au Mali semble efficace. Les soldats attaquent samedi les "dernières poches de résistance" des islamistes à Konna, après avoir mené la veille une contre-attaque réussie pour reconquérir cette ville du centre, et ainsi enrayer l'offensive des jihadistes venus du Nord. C'est ce qu'affirme en tout cas l'armée malienne, qui revendique "une centaine de morts" parmi les islamistes à Konna. Un soldat français a perdu la vie au cours des combats. Au vu de ce contexte, François Hollande a convoqué un Conseil de défense ce samedi à 15h, avec les ministres concernés.
ECOUTER, VOIRBrice Dugénie | 12/01/2013 - 18h18écouter
Marie-Bénédicte Allaire | 12/01/2013 - 18h11écouterQu'est-ce qui a incité François Hollande à lancer une intervention aussi soudaine ? Et quelle est sa stratégie ?
Brice Dugénie | 12/01/2013 - 12h55écouterComment l'intervention française est-elle perçue par la population ? Le témoignage de notre envoyé spécial Brice Dugénie
Brice Dugénie | 12/01/2013 - 12h47écouterLa progression des islamistes semble stoppée, samedi matin, notamment grâce aux appuis aériens français
Tony Cousin | 12/01/2013 - 12h55écouterLa contre-attaque franco-malienne met-elle fin au danger ? Y a-t-il des risques pour les otages ? Les réponses de Mathieu Guidère, spécialiste d'Aqmi
Les islamistes reculent au Nord, situation calme à Bamako

La ville de Konna, située à plus de 700 km de Bamako, était tombée jeudi aux mains des jihadistes qui contrôlent depuis plus de neuf mois le nord du Mali et voulaient progresser vers le Sud sous contrôle gouvernemental."Les hélicoptères ont frappé les véhicules des jihadistes qui se sont dispersés dans la nature. L'armée nettoie la ville", a expliqué un militaire malien. Un membre de l'état-major de l'armée à Mopti, la plus grande ville de la région, avait auparavant déclaré à l'AFP : "Nous contrôlons la situation. Aujourd’hui, ça va être décisif". 

Le ministre de la Défense s'est borné à évoquer des raids aériens, dont certains menés par hélicoptères. Un pilote français a d'ailleurs perdu la vie. Jean-Yves Le Drian a également tenu à explique que l'opération manquée de la DGSE en Somalie n'avait aucun lien avec la situation au Mali.
   
Dans la capitale Bamako, la nuit a été calme et certains habitants ont mis le drapeau français sur leur voiture pour approuver l'intervention militaire, annoncée vendredi à Paris par le président François Hollande. Le ministre de la Défense a de son côté annoncé que des unités françaises étaient déployées dans la ville depuis vendredi soir, en particulier pour "assurer la sécurité de nos ressortissants". Cela représente quelques centaines de soldats français.
La situation au Mali samedi
La force internationale se prépare à prendre le relais

Tout s'est accéléré vendredi. Dans une lettre au Conseil de sécurité de l'ONU, Paris a demandé qu'on "accélère la mise en œuvre de la résolution 2085" qui autorise notamment le déploiement de la Force internationale de soutien au Mali (Misma). Depuis plusieurs mois, l'Afrique de l'Ouest a proposé l'envoi, avec l'aval de l'ONU, d'une force armée africaine de plus de 3.330 hommes, que des pays européens, dont la France, l'ancienne puissance coloniale, ont promis d'aider logistiquement, pour la reconquête du Nord du Mali. Le déploiement de cette force a été approuvé le 20 décembre par le Conseil de sécurité, mais par étapes. Le procédé va donc s'accélérer.
  
Le Nigeria, pays clé de la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest), a indiqué samedi matin ne pas encore avoir envoyé de troupes au Mali, mais la présidence a précisé avoir déjà dépêché une équipe technique de l'armée de l'air, ainsi que le futur commandant de la force africaine, qui sera nigérian. Dakar a aussi démenti des informations maliennes sur l'envoi de militaires sénégalais à ce stade. Le président en exercice de la Cédéao, le président ivoirien Alassane Ouattara, a de son côté "décidé d'autoriser l'envoi immédiat des troupes sur le terrain". 

Le nord du Mali est depuis début 2012 sous la coupe de groupes armés jihadistes, devenant un sanctuaire pour Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Alors que la situation militaire était gelée, les combats avaient repris cette semaine, quelque 1.200 combattants islamistes s'emparant jeudi de Konna et menaçant de continuer leur offensive vers le Sud, et la capitale Bamako.



Le Point.fr - Publié le  - Modifié le 

Les faits se sont déroulés vendredi soir, quelques heures après le lancement des opérations militaires.

«Le 11 janvier 2013, lors de la première phase de l’opération Serval [...] le lieutenant Damien Boiteux a été mortellement blessé alors qu’il était aux commandes de son hélicoptère Gazelle. Agé de 41 ans, pacsé et père d’un enfant, il a été tué dans l’accomplissement de sa mission au service de la France» a indiqué samedi le service d'information de l'armée.

«Le 11 janvier 2013, lors de la première phase de l’opération Serval [...] le lieutenant Damien Boiteux a été mortellement blessé alors qu’il était aux commandes de son hélicoptère Gazelle. Agé de 41 ans, pacsé et père d’un enfant, il a été tué dans l’accomplissement de sa mission au service de la France» a indiqué samedi le service d'information de l'armée. | AFP/SIRPAT






Un pilote de l'armée de terre, appartenant au 4e régiment d'hélicoptère des forces spéciales, a trouvé la mort dans l'intervention des forces françaises vendredi au Mali pour repousser les islamistes qui occupent le nord du pays, a annoncé samedi le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, confirmant une information que nous donnions nous-mêmes samedi matin. 
Lancée vendredi après-midi sur ordre du président François Hollande, l'opération Serval, du nom d'un petit félin du désert, a été lancée par l'armée française en appui des forces maliennes pour "lutter contre des éléments terroristes" qui menacent, selon Paris, l'existence même du Mali.
Le chef de l'État a convoqué un conseil de défense samedi après-midi à l'Élysée pour évaluer une situation que Jean-Yves Le Drian a qualifiée de "grave", après s'être "rapidement détériorée ces derniers jours". "Il fallait réagir avant qu'il ne soit trop tard", a-t-il souligné lors d'une conférence de presse aux côtés du chef d'état-major des armées, l'amiral Édouard Guillaud. La France avait envoyé une unité à Mopti, la ville menacée par l'avancée des rebelles et qui constitue un verrou important sur la route de la capitale, Bamako, avant l'intervention aérienne de vendredi, a précisé le ministre. Des frappes aériennes françaises ont encore eu lieu "cette nuit et ce matin" contre des concentrations d'islamistes au Mali, a-t-il précisé. 

"Il n'y a aucune participation d'autres forces"

Au cours de la première mission menée vendredi après-midi, un pilote français a été mortellement blessé. Selon l'état-major, les avions de chasse venaient du Tchad, où la France participe à l'opération Épervier, tandis que les appareils de surveillance ont décollé du Sénégal, où la France compte en permanence quelques centaines de militaires. "On est dans une phase de montée en puissance, y compris directement de la métropole" où sont stationnés les avions de chasse dernier cri, les Rafale, a expliqué l'amiral Guillaud.
La France a été, dans un premier temps, la seule puissance étrangère impliquée dans cette opération, à la demande du Mali. "Il n'y a aucune participation d'autres forces", a dit Jean-Yves Le Drian. "C'est une réponse de la France à une demande urgente du Mali, appuyée par les chefs d'État des pays voisins", a ajouté le ministre, qui a précisé avoir notamment reçu le "soutien total" de son homologue américain, Leon Panetta.
REGARDEZ Jean-Yves Le Drian annonçant la mort du pilote français, samedi matin :


Somalie : l'opération pour libérer l'otage "n'a pas pu aboutir"

Le Monde.fr avec AFP et AP |  • Mis à jour le 

Denis Allex, otage en Somalie depuis le mois de juillet 2009, est-il encore en vie ou a-t-il été tué lors d'une opération opération commando de l'armée française et de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) déclenchée pour le libérer ? Dans la matinée, Jean-Yves Le Drian, le ministre de la défense, avait déclaré que "tout donne à penser" que l'otage avait été "abattu par ses geôliers". François Hollande a confirmé que l'opération s'était soldée par un échec, coûtant la vie à deux militaires et possiblement à l'otage.

"J'avais pris la décision depuis déjà plusieurs jours de mener une opération destinée à faire libérer un de nos agents détenu depuis plus de trois ans et demi dans des conditions éprouvantes. Cette opération pas pu aboutir malgré le sacrifice de deux de nos soldats et sans doute l'assassinat de notre otage", a-t-il dit, sans plus de détails.

Mais, a-t-il ajouté, l'opération "confirme la détermination de la France à ne pas céder au chantage des terroristes". Les islamistes qui retenaient Denis Allex ont pourtant déclaré que l'otage était encore "vivant", assurant également détenir un soldat français blessé, mais sans donner de preuves de vie pour les deux hommes.

"DES COMBATS VIOLENTS ONT EU LIEU"

"Le commando de la DGSE a fait face d'emblée à une forte résistance", indique le ministère dans un communiqué, et "au cours de l'assaut, des combats violents ont eu lieu". "Face à l'intransigeance des terroristes, qui ont refusé pendant trois ans et demi toute négociation, et qui retenaient Denis Allex dans des conditions inhumaines, une opération a été planifiée et mise en œuvre, est-il précisé. Les familles des victimes ont été informées. Le ministre de la défense leur adresse ses plus sincères condoléances et s'associe à leur douleur. Il apporte son total soutien aux personnels de la DGSE dont il salue le courage et le remarquable travail", conclut le communiqué.


Denis Allex – a priori un pseudonyme –,  est détenu en Somalie par des insurgés islamistes depuis le 14 juillet 2009. Cet agent avait été enlevé à Mogadiscio avec un autre agent, qui a lui recouvré la liberté en août 2009.
Lire en édition abonnés : Denis Allex, l'agent français otage en Somalie

Les islamistes somaliens ont perdu leurs principaux bastions dans le sud et le centre de la Somalie, à la suite d'une offensive menée depuis un an et demi par une force de l'Union africaine (Amisom) renforcée par un contingent kényan ainsi que par un corps expéditionnaire éthiopien et par l'embryon d'armée nationale somalienne. Les islamistes d'Al Chabaab, intégrés au mouvement Al-Qaida, contrôlent cependant encore certaines parties rurales du sud et du centre du pays.

L'agent de la DGSE fait partie de neuf Français, au total, retenus en otage à l'étranger, tous sur le sol africain, dont au moins six sont détenus par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) au Sahel. Cet agent des services spéciaux français était apparu en juin 2010 dans une vidéo sur des sites islamistes où il pressait la France de cesser tout soutien au gouvernement somalien.

Le 13 juillet 2012, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, avait assuré que l'otage était en vie. Le 4 octobre 2012, Denis Allex était apparu, pâle et les yeux cernés, dans une vidéo où il avait lancé un "message de secours" au président Hollande, qu'il pressait d'oeuvrer à sa libération.

vendredi 11 janvier 2013

MALI • Les Français dans une guerre sans visage


Désormais, l'implication militaire française au Mali est certaine. Les premières troupes ont débarqué sur la ligne de front pour appuyer la contre-offensive de l'armée malienne. Cette guerre s'annonce complexe et incertaine.
Le Pays |Abdoulaye Barro |11 janvier 2013

François Hollande en compagnie de soldats français le 9 janvier 2013
François Hollande en compagnie de soldats français le 9 janvier 2013 AFP

Contexte
Après une nouvelle offensive des djihadistes jeudi 10 janvier dans la région de Mopti, au centre du Mali, le président intérimaire Dioncounda Traoré a réclamé le soutien militaire du Conseil de sécurité de l’ONU et plus particulièrement de la France. Vendredi 11 janvier, à l’occasion de la cérémonie des vœux au corps diplomatique, François Hollande a répondu favorablement à la demande de Bamako, tout en précisant que s’il devait avoir lieu, cet engagement se ferait aux côtés "des partenaires africains" et "strictement dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies".

Depuis le début de la semaine, la crise malienne connaît une mutation géostratégique. Les djihadistes ont choisi d’avancer vers le Sud du pays comme s’ils cherchaient à accroître leurs avantages stratégiques militaires. Face à cette nouvelle donne, le président de l’Union africaine, le Béninois Yayi Boni, demande l’appui militaire de l’OTAN.

Car, dit-il, le terrorisme djihadiste, c’est d’abord et avant tout une question mondiale. La France s’est proposée comme Etat-pivot de la force de 400 membres montée par l’Union européenne et qui ne devrait être opérationnelle qu’à partir du mois de février. Répétons-le, cette force aura pour mission de former, de restructurer et de soutenir logistiquement ce qui reste de l’armée malienne.

Attachée à l’intégrité territoriale et à la souveraineté du Mali, la France aurait dû lancer un ultimatum fort en direction des djihadistes. On attend donc de la France qu’elle joigne les actes aux paroles. Cependant, la position française est compréhensible. Le président Hollande est le chef d’un Etat démocratique et cette légitimité politique ne lui accorde aucun droit d’envoyer des soldats français mourir à l’étranger, sans suivre les processus décisionnels constitutionnels.

Au moment où il a choisi de faire revenir les soldats français installés en Afghanistan, comment justifiera-t-il à l’opinion française l’envoi de forces militaires au Mali, de manière unilatérale ? Au nom d’une cause, c’est-à-dire la lutte contre le terrorisme, cause qui semble douteuse et peu claire pour les Français.

Une guerre non conventionnelle
Disons-le clairement, nous sommes dans une guerre, mais une guerre sans visage. Depuis Raymond Aron, nous savons que chaque guerre change la façon dont on fait la guerre. Et comme l’avait si bien anticipé Clausewitz, "en terme de guerre, tout est incertain". Au Mali, nous sommes dans une guerre asymétrique, c’est-à-dire qu’ici, l’absurde gagne contre le plan. Face au djihadiste, la guerre devient totalement irrégulière, non conventionnelle.

Pourquoi l’armée malienne ne prend pas elle-même l’initiative d’attaquer ces Talibans ouest-africains ? On a cette fameuse impression que la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant le déploiement de forces africaines a paralysé l’armée malienne. Mais à ce jour, quelle est la capacité stratégique réelle de cette armée ? Car, cette guerre sera meurtrière.

Certes, nous ne connaissons rien à la stratégie militaire. Mais nous trouvons stupide et ridicule de penser que la France fera tout seule la guerre à la place des Maliens. Actuellement, l’armée malienne reste à la fois le problème et la solution à ce conflit. Mais la rapidité étonnante avec laquelle les djihadistes ont pris sur elle la supériorité stratégique en s’emparant des principales villes est en soi une source d’embarras, et de honte pour les Maliens.

C’est comme si elle était devenue une source de déshonneur national. Dans ce cas, comment peut-elle gagner cette guerre face aux djihadistes ? L’avancée des djihadistes va-t-elle enfin provoquer un sentiment de sursaut patriotique ? Quand on sait que le fondateur du Mali, au XIIIe siècle, Soundjata Keita, avait fait de l’honneur le ciment de son immense, prospère et puissant empire ! Décidément, la roue de l’histoire mandingue tourne. Face aux djihadistes, elle revient à l’endroit, c’est-à-dire à ses origines fondatrices.